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Une brève histoire du conflit du Haut-Karabagh

En mai 1918, suite au retrait de l’armée russe du Sud-Caucase, l’Arménie, la Géorgie et l’Azerbaïdjan, jusque-là intégrés à l’Empire des Tsars, déclarent leur indépendance.

La Conférence de la Paix de Paris reconnaît de facto l’Arménie dont elle charge le Président américain Widrow Wilson de définir les frontières par une sentence arbitrale. La même conférence refuse la demande de reconnaissance de l’Azerbaïdjan en raison des prétentions irréalistes de ce pays sur les territoires géorgiens et arméniens : l’Arménie et l’Azerbaïdjan s’opposent sur la question de l’appartenance du Karabagh et du Nakhitchevan, qui reste ainsi en suspens.

 

En 1920, les deux pays sont occupés par l’armée rouge et soviétisés.

En 1921, au lendemain d’une décision en faveur du rattachement du Karabagh à l’Arménie, le parti Bolchevik change radicalement de position sous la pression personnelle de Staline. Compte-tenu de la proximité ethnique et linguistique entre les Turcs et les habitants de l’Azerbaïdjan et soucieux de se servir de Mustapha Kemal pour l’expansion du communisme dans le monde turcophone, Staline ordonne le rattachement à l’Azerbaïdjan des deux régions : le Nakhitchevan à majorité relative d’Arméniens, et le Karabagh, habité presque exclusivement d’Arméniens.

Cette décision d’un parti politique d’un Etat tiers, le parti communiste de Russie, sans fondement juridique ni légitimité, constitue un acte sans précédent dans l’histoire du droit international.

 

En 1923, suite au décret de l’URSS de créer l’Oblast/Région Autonome du Haut-Karabagh (RAHK), l’Azerbaïdjan annexe la partie basse du Karabagh, s’appropriant ainsi de vastes districts de son territoire des plaines, tout en supprimant artificiellement la continuité territoriale de la région autonome avec l’Arménie.

La Région Autonome du Haut-Karabagh devient ainsi une enclave à l’intérieur de l’Azerbaïdjan, coupé de l’Arménie soviétique.

Pendant toute la période soviétique, face aux discriminations de toutes sortes, et en particulier face à la politique économique et démographique délibérée de « désarménisation » de la région par l’administration azerbaïdjanaise, la population arménienne du Haut-Karabagh n’a eu de cesse de demander son rattachement à l’Arménie, subissant en retour des vagues successives de purges, de déportations et d’exécutions.

 

Lorsqu’arrivent les jours de la Glasnost et de la Perestroïka de Gorbatchev, la politique volontairement discriminatoire des autorités soviétiques azerbaïdjanaises a déjà réussi à vider de sa population arménienne le Nakhitchevan et les régions annexées par l’Azerbaïdjan de la plaine du Karabagh, mais elle n’a pas eu le même succès dans la RAHK (Région Autonome du Haut-Karabagh) où subsistent encore 85% d’Arméniens.

Aussi, le 20 février 1988, trois années après l’avènement de la Perestroïka, le Soviet de la RAHK vote le rattachement du Haut-Karabagh à l’Arménie, en toute conformité avec la législation soviétique. Mais ce choix démocratique et légal est rejeté par le Comité Central du Parti Communiste d’URSS. L’Azerbaïdjan soviétique, pour sa part, répond à cette demande pacifique par une série de pogroms d’Arméniens sur tout le territoire de l’Azerbaïdjan: Soumgaït, Baku, Kirovabad, Chamakhi, Chamkhor, Mingechaur. Une nouvelle phase de nettoyage ethnique des Arméniens est alors engagée avec la déportation des populations arméniennes partout, y compris dans la RAHK, qui aboutit au départ forcé de 450 000 Arméniens d’Azerbaïdjan, et de 180 000 azerbaïdjanais d’Arménie.

Entre 1991 et 1993, à partir des bases militaires de Chouchi et de l’aéroport de Khojalu, l’Azerbaïdjan bombarde quotidiennement les populations civiles des localités arméniennes, notamment dans la capitale Stepanakert où les habitants vivent durant près de 3 ans dans les souterrains.

Dès avril – août 1991 les opérations des forces armées intérieures soviétiques (OMON), avec les forces azerbaïdjanaises organisent la déportation des Arméniens du Haut-Karabagh, bombardent les villes et villages arméniens. Ces opéations se transforment vite en attaque généralisée sur les Arméniens. En juin 1992 les forces azerbaïdjanaises occupent 40% du territoire du Haut-Karabagh et font 66000 déplacés internes dans la population de la région. Dans le village de Maragha seul, plus de cent civils sont massacrés par les forces armées azéries. La résistance arménienne s’organise. A deux reprises, en 1992 et en 1994, les agressions de grande envergure des forces azerbaïdjanaises échouent.

Le 31 août 1991, l'Arménie et l'Azerbaïdjan déclarent leur indépendance de l'URSS en voie d'effondrement. L’Azerbaïdjan se déclare comme Etat successeur de la République indépendante d’Azerbaïdjan de 1918-1920 qui ne comportait pas le Karabagh, en prenant le soin de supprimer en même temps le statut d’autonomie du Haut-Karabagh qu’il déclare partie-intégrante de son territoire.

Deux jours plus tard, le 2 septembre 1991, constatant la dissolution de l’URSS, les autorités locales du Haut-Karabagh proclament à leur tour l'indépendance, créant une république auto-déterminée distincte dans la région. Un referendum entérinera cette indépendance le 10 décembre 1991 (journée internationale des droits humains).

 

En mai 1993, les forces d’auto-défense arméniennes réussissent non seulement à repousser les agressions, mais réussissent à créer une zone de sécurité autour du Haut-Karabagh, tout en désenclavant la région par l’ouverture de la route de l’Arménie.

Le conflit se conclut par une victoire de la partie arménienne et un cessez-le-feu est signé avec la médiation de la Russie à Bichkek au Kirghizistan le 12 mai 1994 par des représentants de l'Arménie, de l'Azerbaïdjan et de la République du Haut-Karabagh.

Deux ans auparavant, la CSCE (plus tard OSCE) avait créé le Groupe de Minsk avec une triple co-présidence française, américaine et russe, dans le but d’aboutir à une solution pacifique et négociée du conflit du Haut-Karabagh.

Durant ses 26 ans d’exercice visant à éviter une nouvelle guerre au Haut-Karabagh, le Groupe de Minsk a fait évoluer ses principes, pour trouver une solution fondée à la fois sur les principes du droit à l’autodétermination du Haut-Karabagh et celui de l’intégrité territoriale de l’Azerbaïdjan.

 

Le 27 septembre 2020, profitant de la période de crise dûe à la pandémie mondiale de coronavirus (COVID-19), et de la paralysie de la vie politique américaine dûe aux élections américaines, l’armée de l’Azerbaïdjan, avec la participation directe de la Turquie et le déploiement de mercenaires syriens fournis par cette dernière, a lancé une agression armée de grande envergure contre le Haut-Karabagh sur toute la longueur de la ligne de contact.

La guerre a duré 44 jours, faisant près de 5000 morts du côté arménien. L’Azerbaïdjan n’a jamais publié les chiffres de ses soldats tués.

Ce conflit s’est conclu par une défaite arménienne et plus de 200 prisonniers de guerre ont été capturés par l’Azerbaïdjan.

 

Depuis la fin de la guerre, les 12 mai et 5 novembre 2021 et le 13 septembre 2022, l’armée azerbaïdjanaise a fait plusieurs incursions occupant 215 km2 du territoire souverain de l’Arménie même, faisant des centaines de victimes et de prisonniers, dont plusieurs dizaines de victimes d’exécutions sommaires ont été documentées par les organisations internationales des droits humains.

Ces incursions ont été suivies en décembre 2022 de l’installation d’un blocus total et illégal (d'après la CIJ) de l’Artsakh durant 10 mois, et pour finir, d’une ultime agression militaire le 19 septembre 2023 achevant le nettoyage ethnique programmé des Arméniens d’Artsakh, et le déplacement forcé vers l’Arménie de plus de 100 000 Arméniens autochtones, fuyant  les exactions et les traitements inhumains pratiqués par  l’Azerbaïdjan.    

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