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"On dirait qu’il a soixante ans"

dit le père de Hrayr Tadevosyan (27 ans)

Le prisonnier de guerre arménien Hrayr Tadevosyan

Hrayr Tadevosyan, 27 ans, a été fait prisonnier avec une soixantaine de soldats de son détachement, quelques jours après la signature de l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020. Il a été condamné en juillet 2022 à six ans de prison par la justice azerbaïdjanaise avec treize de ses camarades.


Aujourd’hui, son père, Vardan Tadevosyan témoigne depuis leur village de Goghovit, dans la région de Chirak, dans l’espoir de revoir un jour son fils.


Hrayr a étudié à la faculté militaire de l’université pédagogique de Gyumri. En mai 2021, il était censé passer ses examens pour devenir lieutenant. En parallèle, il travaillait dans la construction dans différents villages de la province du Chirak. En avril 2016, à la suite d’une attaque de l’Azerbaïdjan sur le territoire de l’Arménie, il a été mobilisé à la guerre dite des Quatre jours et il a été décoré pour son engagement.


« Malgré les stéréotypes sur ceux qui s’orientent vers une carrière militaire, mon fils est quelqu’un de patient, calme et bienveillant. Il a un caractère très simple et tranquille. Il est, comme on dit, petit avec les petits, et grand avec les grands. Il s’entend bien avec tout le monde, il aime la camaraderie. Il parle toujours de manière à ne pas blesser les gens, » dit Vardan.


Hrayr faisait partie de l’unité de la province du Chirak qui a été mobilisée en Artsakh, pour remplacer un autre groupe de soldats dans les positions sous contrôle arménien, le village de Khtsaberd. Ils sont partis le 27 novembre 2020. D’abord à Kadjaran, puis à Latchine, d’où ils sont allés à pied jusqu’à Khtsaberd, dans le sud-ouest de l’Artsakh. « Il n’y avait plus de combats dans cette zone, c’était déjà après le cessez-le-feu. Leur mission était simplement de garder les positions et de surveiller la plaine de Hadrout. Leur poste était sur un sommet, dans la brume, à plus de 20 km du premier village. On lui téléphonait tous les jours et il nous répondait simplement que tout allait bien. » « Le 12 décembre, ils ont reçu l’ordre de quitter la position pour qu’un autre groupe vienne les remplacer. Mais quand ils sont arrivés en bas, ce sont des soldats azerbaidjanais qui les attendaient. » explique le père de Hrayr.


Selon les informations dont disposent les familles des prisonniers de guerre, en violation des articles de l’accord du 9 novembre 2020 l’armée azérie aurait encerclé la position arménienne, en emprisonnant 62 soldats arméniens, alors que le commandant du détachement, le vice-colonel A. Ghazarian, avec 38 autres soldats a pu se sauver. Plusieurs procès sont actuellement en cours au tribunal militaire arménien pour élucider ce cas.


Hrayr Tadevosyan fait partie des 33 prisonniers de guerre dont la captivité est confirmée par l’Azerbaïdjan. Cela signifie que tous les quarante jours, la Croix-Rouge leur rend visite en prison, à Bakou.


« Nous pouvons lui parler au téléphone. Sur place, ils enregistrent aussi une courte vidéo avec tous les prisonniers pour que nous puissions les voir. Et nous aussi, nous pouvons enregistrer une vidéo et la lui envoyer. Quand on compare leurs photos d’avant la guerre et celles qu’on a reçues récemment, on dirait a maintenant soixante ans. Ça fait de la peine à voir. Ils sont opprimés physiquement et mentalement. Ceux qui enregistrent les vidéos nous ont laissé entendre qu’ils subissent des tortures. »


« Ceux qui sont revenus de la captivité ne disent pas grand-chose sur ce qui se passe là-bas, ils en parlent seulement dans les grandes lignes. Mais ils ne disent pas tout, car leurs camarades sont encore là-bas et ils ne veulent pas donner aux Azéris de nouveaux prétextes pour les maltraiter. » L’accusation que l’Azerbaïdjan porte contre Hrayr et ses autres camarades est d’être « illégalement entrés en territoire azerbaïdjanais ».


« Mais quand mon fils et son détachement ont été déployés à Khtsaberd, ce territoire était sous contrôle arménien, et devait le rester selon les accords du 9 novembre. Après la signature du cessez-le-feu, ce sont les Russes qui étaient censés se déployer sur ce territoire, mais ils ont refusé de le faire. Ils ont donné ce territoire à l’Azerbaïdjan, et nos soldats avec ».



Vardan Tadevosyan au Mémorial des victimes du génocide des Arméniens à Erevan

Les familles des prisonniers de guerre cherchent désespérément les responsables de leur malheur, puisque personne n’en prend la responsabilité. Mais ils demeurent lucides.


« Il n’y a pas une structure nationale ou internationale que nous n’ayons pas sollicitée. Nous avons collectivement rendu visite à toutes les ambassades possibles, au ministère des Affaires étrangères, de la Défense, au Service de sécurité nationale, et nous leur avons remis des requêtes écrites. Mais depuis deux ans, il n’y a aucune avancée. Je ne renie pas le travail qui a été fait et qui a permis de faire revenir un certain nombre de prisonniers, mais dans mon cas, ça ne fait aucune différence. Tant que mon fils n’est pas revenu, tout ce travail n’a pour moi aucune valeur. L’Azerbaïdjan les utilise comme monnaie d’échange. Nous pensions que l’Europe pourrait faire pression sur l’Azerbaïdjan, mais depuis qu’ils ont signé un accord pour le gaz, cela nous paraît naïf. »


Selon Vardan Tadevosyan, si un traité de paix est signé entre l’Azerbaïdjan, l’Arménie et l’Artsakh, les prisonniers de guerre arméniens seront libérés : « l’Azerbaïdjan peut les juger ou faire ce qu’il veut, mais selon la convention de Genève ils ont le statut de prisonniers de guerre et si la paix est signée, ils devront être libérés. L’année dernière, l’Azerbaïdjan a déjà relâché une partie des prisonniers et les a amnistiés en signe de « bonne volonté ».

« C’est l’espoir qui meurt en dernier. Nous espérons que Hrayr va revenir, que nous allons nous retrouver tous ensemble. C’est une torture de tous les jours. Parfois, nous sommes complètement désespérés, et d’autres fois nous arrivons à nous reprendre en nous disant que bientôt, il aura besoin de nous. C’est ça notre espoir : rester forts pour pouvoir l’aider quand il sera de retour. »




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