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  • "Pourquoi toi, tu es revenu, et pas lui ?" (Libertas)

    L'histoire du prisonnier de guerre Hrayr Herabyan racontée par son épouse Aline qui élève seule leurs deux filles. Des enfants jouent à chat sous le regard amusé de leur mère et des voisins venus boire le café, une vieille dame ramasse les mauvaises herbes dans son potager, et deux garçons passent à vélo en saluant tout ce petit monde. A première vue, rien ne laisse présager qu’un drame sourd pèse depuis deux ans et demi sur la famille des Herabyan, originaire du village de Goghovit (Chirak). Mobilisé lors de la seconde guerre d’Artsakh, Hrayr, 28 ans, a été fait prisonnier avec une soixantaine de soldats de son unité, quelques jours après la signature de l’accord de cessez-le-feu du 10 novembre 2020. Par la suite, il a même été condamné à six ans de prison par la justice azerbaïdjanaise avec treize de ses camarades. Nous avons rencontré sa femme, Aline, pour mieux comprendre l’épisode douloureux que traverse ce foyer habitué à une vie plus paisible. Pouvez-vous nous présenter brièvement votre famille ? Aline Vardanyan (A. V.) – Hrayr et moi avons deux filles, Syuzi et Anahit, qui ont cinq et dix ans. Je suis originaire du village de Moussayelian, au sud d’Ashotsk, à une dizaine de kilomètres d’ici. Actuellement, nous vivons dans la maison paternelle de Hrayr, avec ses parents et ses deux frères. Avant la guerre, Hrayr et moi avions acheté une maison dans le village et nous devions nous y installer à l’automne 2020. Que faisait votre mari avant la guerre de 2020 ? A. V. – Il travaillait dans l’agriculture et l’élevage avec son père et ses frères. Il n’a pas fait d’études supérieures. Après avoir terminé l’école, il est parti faire ses deux ans de service militaire en Artsakh, à Askeran. A part ça, il aime bien faire de la mécanique sur sa voiture ou celle de son père, et il rend service à des gens à l’occasion. Comment décririez-vous sa personnalité ? A. V. – C’est un homme tranquille, sincère, sensible et parfois émotif. Parlez-nous de sa mobilisation au moment de la guerre des 44 jours… A. V. - Il est parti le 27 novembre avec une unité composée d’hommes de la province du Chirak. Ils ont été envoyés dans les villages de Khtsaberd et Hin Tagher (en Artsakh) . Pendant la guerre, on s’appelait quasiment tous les jours. Il ne disait pas grand-chose sur les opérations militaires, mais il répétait que leur présence n’avait pas de sens car il n’y avait pas de combats là où ils étaient. Comment avez-vous découvert qu’il a été fait prisonnier ? A. V. – Le jour où c’est arrivé, je lui avais parlé au téléphone dans la matinée. Il s’apprêtait à descendre au village à cheval pour rapporter des vivres pour les soldats. Il m’a montré les positions des Azéris sur le sommet d’en face. Elles étaient très proches. Il a dit qu’il me rappellerait dans la soirée. Mais il n’a jamais rappelé. J’ai alors appelé l’oncle de Hrayr, qui servait dans la même unité, mais ce sont des Azéris qui ont répondu. Et on a compris qu’ils avaient été faits prisonniers. C’est un miracle qu’ils n’aient pas été tués. Actuellement, avez-vous la possibilité de communiquer avec lui ? A. V. – Nous pouvons lui parler par l’intermédiaire de la Croix-Rouge, tous les 40 jours environ. En ce moment, il ne va pas bien du tout. La dernière fois que je lui ai parlé, il était encore plus déprimé et désespéré qu’avant. Il faisait de la peine à voir, il arrivait à peine à parler. Comme je vous l’ai dit, il est parfois émotif et dans ces conditions, il arrive difficilement à se maitriser. Quand je lui dis qu’il faut patienter encore un peu, qu’il va bientôt revenir, il me répond : « Non, on vous raconte des histoires, ne vous laissez pas berner. Il n’a plus aucun espoir». En ce qui concerne les conditions de détention, il m’assure que tout est normal. Dans les lettres qu’il nous envoie, il ne peut pas dire grand-chose, parce qu’elles sont relues là-bas et ici. Quelles sont les organisations qui vous aident dans vos démarches pour sa libération ? A. V. – En ce moment, seule la Croix-Rouge nous aide. Les avocats font leur travail, mais ça ne donne pas de résultats. Le plus dur, c’est pour les enfants. Leur père leur manque. Il aurait fallu rapatrier en premier les soldats qui ont des enfants. Car ce n’est pas possible de répéter les mêmes promesses indéfiniment. Personnellement, je ne crois pas que les efforts du gouvernement vont aboutir à leur libération. Nous n’attendons des résultats que des organisations internationales. Comment vos enfants vivent-ils cette situation ? A. V. – C’est très difficile pour ma grande fille. Elle est devenue très agressive. Avec son père, elle était différente. La petite avait deux ans quand Hrayr est parti mais maintenant, elle commence à mieux comprendre ce qui se passe. Une nuit, elle s’est endormie avec sa photo contre sa poitrine. Une autre fois, il y avait une rencontre au village avec un des soldats revenus de captivité. Ma petite est allée le voir et lui a demandé : « Pourquoi tu n’as pas ramené mon papa ? Pourquoi toi, tu es revenu, et pas lui ? » Et ce soldat s’est mis à pleurer. Où trouvez-vous la force de surmonter cette épreuve ? A. V. – Ce sont mes enfants qui me donnent la force de résister. C’est pour eux que je vis. Pareil pour mes beaux-parents : ils font tout pour que les enfants ne sentent pas l’absence de leur père. On sait que Hrayr va revenir un jour, mais on ne sait pas quand ce jour viendra. Nous pensons à lui jour et nuit, nous ne savons pas quoi faire. Notre seul espoir est en Dieu. Propos recueillis par Achod Papasian

  • L’éternel exil de Ludwig Mkrtchyan du Nakhitchevan à l’Artsakh (Libertas)

    “Parfois, on aimerait se laisser aller, être enlacée et aimée. Mais je dois être forte pour mes enfants” Ludwig Mkrtchyan a été fait prisonnier le 12 octobre 2020 pendant la guerre des 44 jours en Artsakh. À partir de ce jour-là, sa famille n’a plus eu contact de avec lui. Suite au cessez-le-feu du 9 novembre 2020, la déclaration tripartite prévoyait un échange de tous les prisonniers de guerre. Ludwig, contrairement aux autres prisonniers capturés avant le 9 novembre 2020, n’a pas été remis à l’Arménie. Plus encore, un tribunal azéri l’a condamné à 20 ans de prison, la peine la plus lourde. Et pourtant, ce n’est pas un militaire de carrière ou un haut gradé. Il s’est engagé en tant que réserviste pour ne pas perdre l’Artsakh arménien, comme le Nakhitchevan, une autre région autonome arménienne placée au sein de l'Azerbaïdjan soviétique, a été perdu. Contrairement à l’Artsakh, le Nakhitchevan a été vidée de sa population arménienne à l’époque soviétique. Ludwig sait bien ce que c’est que de perdre sa patrie, sa maison. Il est né en 1969 au Nakhitchevan, dans la ville d’Aznaberd, la dernière ville arménienne à se vider de sa population arménienne. Aznaberd avait plusieurs églises médiévales : le monastère Saint-Tovma (X s.), les églises Saint-Hovhannes (XII s.) et Saint-Grigor (XII s.), la chapelle Saint Hakob. Elles ont toutes été détruites entre 2001 et 2011 de façon délibérée par les autorités azéries dans leur politique d'effacement de toute trace arménienne au Nakhitchevan, en Artsakh et dans les autres parties du territoire actuel de l’Azerbaïdjan. Peu après sa naissance, la famille de Ludwig a fui d’Aznaberd à Yeghegnadzor en Arménie. Comme sa famille était modeste, ils n’ont pu que trouver une maison à moitié construite pour y vivre. Ludwig a passé toute sa vie à essayer de réparer la maison et à créer de bonnes conditions de vie pour sa famille. Son grand rêve était d'avoir sa propre maison un jour. Ce rêve est devenu un objectif lorsqu'il a épousé Hranoush : ils souhaitaient tous les deux que leurs enfants grandissent dans leur propre maison, sans jamais avoir peur d'être sans abri et de se retrouver à la rue. Après de nombreuses années de travail, Ludwig et sa femme Hranoush ont enfin pu acheter un appartement grâce à un prêt bancaire… Mais Ludwig n'a même pas pu vivre dans son appartement de rêve pendant un an. Le 27 septembre 2020, lorsque l'Azerbaïdjan a déclenché une guerre le long de toute la frontière de l'Artsakh, et comme de nombreux Arméniens, Ludwig, traumatisé par la perte de sa patrie au Nakhitchevan, a rejoint la défense de l'Artsakh. « On nous a dit qu'il était mort... Que son corps n'était pas là... Les voisins sont venus exprimer leurs condoléances, mais je ne comprenais pas pourquoi. Mes deux enfants et moi n'arrivions pas à accepter cette information », souligne son épouse Hranoush. La fille de Ludwig, Svetlana, passait ses jours à regarder des vidéos et des photos sur les chaînes Telegram azerbaïdjanaises, à la recherche de son père ou, aussi douloureux que cela puisse paraître, de son corps... A l’époque, les Azéris mettaient en ligne beaucoup de vidéos de tortures et de captures des Arméniens. « Elle n'avait plus peur. Elle avait vu tant de traitements inhumains et cruels sur internet. C’est comme si son cœur s'était glacé... C’est le 13 novembre qu’elle a vu une vidéo où nous avons reconnu Ludwig », explique Hranoush. Puis c’est le Comité international de la Croix-Rouge qui a confirmé que Ludwig était en effet en captivité en Azerbaïdjan. Lorsqu'on lui demande de décrire Ludwig en une phrase, Hranoush répond : « Un Homme avec un grand H ». Il y avait d'autres prisonniers avec Ludwig qui sont déjà rentrés chez eux. Beaucoup d'entre eux, lorsqu'ils sont revenus en Arménie, ont rendu visite à la famille de Ludwig et leur ont exprimé leur gratitude, en disant qu'ils n'avaient jamais rencontré une personne aussi gentille et attentionnée que lui et que sans Ludwig, ils n'auraient probablement pas eu la force nécessaire de surmonter de telles épreuves. " Il les a beaucoup aidés, les a protégés, les a soutenus psychologiquement. Sur son lieu de travail, avec son entourage, partout, Ludwig était une personne modeste. S'il le pouvait, il aidait les gens, s'il ne le pouvait pas, il ne dérangeait pas. La famille était la chose la plus importante pour lui. Nous travaillions tous les deux et, en fait, nous avons toujours connu des difficultés financières dans tous les domaines de la vie. Ludwig a d'abord travaillé comme cordonnier, puis comme maçon, et je suis une personne handicapée. Bien que j'aie presque toujours travaillé, nous n'avons jamais eu des salaires élevés. Nous passions des journées entières à nous soucier de notre famille et à prendre soin de nos enfants. C'est une personne très altruiste. Parfois, lorsque nous cuisinions de bons plats ou achetions quelque chose de spécial et que nous gardions une portion pour qu'il mange lorsqu’il rentrait à la maison, il disait : "Je n'en veux pas, laisse les enfants le manger." Dans toutes les situations, il se privait de tout et disait : "Il vaut mieux dépenser cet argent pour les enfants ", raconte sa femme. Au début, Hranoush avoue avoir été complètement perdue et en dépression profonde, car elle a dû s’occuper de la famille toute seule. Un jour, son fils de 14 ans lui a demandé : " Maman, avons-nous de l'argent pour acheter du pain ?". Cette question a ramené Hranoush à la réalité. Elle s’est ressaisie et a découvert en elle une force dont elle n'avait aucune idée auparavant. Secrètement, loin des enfants, elle se rend dans la salle de bains et lit les lettres de Ludwig que le Comité international de la Croix-Rouge lui remet, essayant ainsi d'apaiser sa nostalgie. Elle pleure dans la salle de bains, revit ces moments, puis sèche ses larmes, se lave le visage et sort pour que les enfants ne la voient pas faible et sans défense. Plus de vingt ans de mariage n'ont pas affaibli leur amour l'un pour l'autre. Au contraire, leur amour est plus fort que jamais. Aujourd'hui, Hranoush s'occupe de tout, du prêt bancaire, des enfants et essaie de faire tout ce qui est en son pouvoir pour que leurs enfants n’aient jamais honte et ne ressentent jamais l'absence de leur père. Sa famille ne reçoit qu'occasionnellement un soutien ponctuel de personnes ou d'organisations bienveillantes, que la famille utilise pour rembourser le prêt immobilier. Le fils va terminer ses études cette année. Hranoush essaie de faire tout son possible pour pouvoir offrir à son fils une formation dans une école de médecine. La fille étudiait également à l'université, dans le département de vinification, mais elle n'a pas pu poursuivre ses études, car c'était au moment où son père a été capturé et où sa famille traversait une période difficile, tant sur le plan psychologique que financier. " Je n'avais aucune idée que j'avais autant de force en moi. Il est très difficile d'être une femme seule avec deux enfants. Par exemple, lorsque ma fille s'est fiancée, j'avais vraiment envie que mon mari soit à mes côtés. Selon la tradition arménienne, c'est le père de la fille qui sert le cognac lors des fiançailles. Dans notre cas, nous avons confié cette responsabilité à mon fils. J'imagine le futur mariage de ma fille, je pense au moment où ils annonceront que les parents doivent entrer dans la salle, comment vais-je y entrer seule ? Comment vais-je y entrer en tant que mère, père ou seul parent ... C'est très triste pour notre vie de famille. Parfois, on aimerait se laisser aller, être enlacée et aimée. Mais je dois être forte pour mes enfants... Ludwig n’avait pas l'habitude de faire de grandes déclarations d'amour. Il était très réservé et modeste. Il ne m'a dit qu'une seule fois qu'il m'aimait, lorsque nous devions nous marier. Et maintenant, il écrit dans chaque lettre : Je t'aime, tu me manques. Je pensais que tu étais à mes côtés depuis si longtemps sans me dire que tu m'aimes, et maintenant toute l'Arménie et l'Azerbaïdjan ont appris que tu m'aimes (rires)... C’est la seule chose positive dans tout cela ", dit Hranoush. Ludwig Mkrtchyan a été condamné à 20 ans de prison en Azerbaïdjan, dont 10 ans dans une colonie pénitentiaire sous régime strict. Chaque mois, le Comité international de la Croix-Rouge organise un appel téléphonique entre la famille et Ludwig et leur montre également des vidéos. Ni ses avocats en Arménie, ni la Croix-Rouge, ne savent pourquoi il a été condamné à 20 ans de prison. Ludwig, ce témoin vivant du nettoyage ethnique du Nakhitchevan arménien, qui est en train de se répéter désormais en Artsakh.

  • La ville de Valence parraine Hrayr Herabyan, l'un des prisonniers de guerre arméniens (Libertas)

    Krikor Amirzayan En Mairie de Valence, Nicolas Daragon, Maire de Valence, a signé le 18 juillet 2023 l’acte de parrainage du prisonnier de guerre Arménien Hrayr Herabyan, actuellement encore détenu de manière abusive par l’Azerbaïdjan. Cette cérémonie a été organisée avec le collectif Libertas qui mène une campagne pour la libération des prisonniers de guerre arméniens détenus abusivement par Bakou. Le collectif Libertas était représenté à Valence par Hilda Tchoboian du centre Covcas. Dans son discours, Nicolas Daragon a rappelé la situation en Arménie et en Artsakh avec l’agression azérie, ainsi que le sort des prisonniers de guerre arméniens. Michel Valla, Maire de Privas (chef-lieu de l’Ardèche), venu en ami de l’Arménie, a également témoigné sur la lutte des Arméniens pour leur dignité. « Et même si les médias ne s’intéressent que très peu à l’Arménie, il est de notre devoir de rappeler à chaque fois le sort de ces Arméniens agressés sur leurs terres » a dit Michel Valla. Hilda Tchoboian a quant à elle énuméré les villes et régions qui avaient déjà parrainé l’un des 33 prisonniers de guerre arméniens. Elle a affirmé qu’il reste, au-delà de ces 33 prisonniers officiels, plus de 200 soldats, combattants ou civils arméniens enlevés par l’Azerbaïdjan et dont on est toujours sans nouvelle. Il s'agit des "disparus de force". Bakou n’ayant pas signalé leur présence, alors que la partie arménienne dispose des preuves de leur enlèvement ou de leur détention illégale par l’Azerbaïdjan. « Après les prisonniers de guerre arméniens répertoriés, le collectif Libertas engagera également un action pour ces 200 disparus de force et dont on est sans trace » a-t-elle ainsi dit-elle.

  • Les ONGs Dove Tales et Scottish Peace Network se joignent à Libertas en parrainant A. Sukiasyan et A. Mikaelyan (Libertas)

    Nous sommes ravis d'annoncer que Dove Tales  et le Scottish Peace Network , deux ONG écossaises promouvant la paix, ont décidé de parrainer deux prisonniers de guerre arméniens, Andranik Sukiasyan et Andranik Mikaelyan. Jean Rafferty, président de Dove Tales, a déclaré : « Nous sommes consternés par l'utilisation d'Arméniens comme monnaie d'échange et nous voulons contribuer à sensibiliser le public aux actions inacceptables de l'Azerbaïdjan dans le Haut-Karabakh. Nous en avons assez de voir des gouvernements dictatoriaux agir en toute impunité et des gouvernements occidentaux corrompus faire passer le profit avant le peuple. Si l'Azerbaïdjan n'était pas un producteur de pétrole et de gaz aussi important, nous pensons que davantage d'actions seraient entreprises pour condamner le gouvernement azéri ». Informations générales sur la campagne Libertas et sur les raisons de son lancement : Fin septembre 2020, l'Azerbaïdjan a déclenché la deuxième guerre de grande ampleur dans le Haut-Karabakh, après 26 ans de conflit gelé. Après cette guerre de 44 jours, une déclaration de cessez-le-feu tripartite a été signée le 10 novembre 2020 entre les présidents azerbaïdjanais et russe et le premier ministre arménien, en préparation d'un accord de paix ultérieur. La déclaration de cessez-le-feu prévoyait l'échange de tous les prisonniers de guerre entre l'Azerbaïdjan, d'une part, et l'Arménie et le Haut-Karabagh, d'autre part. Au début de l'année 2021, tous les prisonniers de guerre azéris ont été restitués par les parties arméniennes. Le processus de restitution des prisonniers de guerre et des civils arméniens détenus s'est déroulé en plusieurs vagues en 2021, mais l'Azerbaïdjan l'a délibérément interrompu prématurément. Selon les informations du Comité international de la Croix-Rouge (CICR), Bakou détient toujours 33 prisonniers de guerre confirmés, qu'il accuse de terrorisme et qu'il a indûment condamnés à des peines allant de 4 à 20 ans de prison, en violation de la déclaration de cessez-le-feu et de la Convention III de Genève du 12 août 1949 relative au traitement des prisonniers de guerre. Outre ces 33 prisonniers de guerre, des preuves indiquent l'existence d'au moins 80 autres personnes capturées (vidéos de leur capture, témoignages d'anciens prisonniers de guerre libérés...) dont nous n'avons plus de nouvelles. L'Azerbaïdjan nie leur existence. Le sort de ces « disparus de force » reste incertain, le CICR n'ayant aucune information à leur sujet et ne pouvant leur rendre visite. Plusieurs ONG (Human Rights Watch), institutions (Parlement européen, Conseil de l'Europe) et juridictions européennes (CEDH) ont confirmé que l'Azerbaïdjan, l'un des pires pays au monde en matière de droits et libertés universels, continue de torturer et de soumettre les prisonniers de guerre à des traitements inhumains et dégradants. En juin 2021, lors d'un voyage au Haut-Karabagh en compagnie du président turc Erdogan et de son épouse, le président azerbaïdjanais Ilham Aliyev a ouvertement admis qu'il détenait « encore de nombreux prisonniers de guerre arméniens » afin de les utiliser à des fins de chantage contre l'Arménie et d'exiger des concessions non prévues dans l'accord tripartite de novembre 2020. Cette politique de l'Azerbaïdjan s'inscrit également dans ce que le Parlement européen a justement décrit dans une résolution du 10 mars 2022 comme une « politique d'État d'arménophobie systématique, de révisionnisme historique et de haine envers les Arméniens promue par les autorités azerbaïdjanaises  ». Par exemple, le Parlement d'Azerbaïdjan a adopté en mars 2023 une déclaration qualifiant la diaspora arménienne de « tumeur cancéreuse de l'Europe ». C'est pourquoi au printemps 2023, le collectif LIBERTAS  composé de Hyestart, du centre Covcas pour le droit et la résolution des conflits et de l'Obersvatoire d'arménophobie a lancé une campagne éponyme dans le but d'obtenir la libération de ces prisonniers de guerre arméniens grâce à leur parrainage par des villes, des régions, des ONG et des personnalités. Parrainer un prisonnier de guerre, c'est le protéger des traitements cruels ou dégradants et exiger son rapatriement dans les plus brefs délais. En avril 2023, le maire de Lyon (France, Verts) est devenu le premier maire à parrainer publiquement un prisonnier de guerre, Grigor Saghatelyan. La ville de Bourg-les-Valence (France) a également parrainé un prisonnier de guerre arménien, Ludwig Mkrtchyan. Plusieurs autres municipalités ont accepté de parrainer un prisonnier de guerre arménien. Des mises à jour seront bientôt annoncées. En savoir plus sur Dove Tales et le Scottish Peace Network, les parrains d'Andranik Mikaelyan et d'Andranik Sukiasyan : l'association des artistes écossais pour la paix, est une organisation caritative née de la nécessité de comprendre et de gérer le monde instable dans lequel nous vivons. Dove Tales est une organisation dirigée par ses membres. Dove Tales vise à être totalement transparent dans son fonctionnement et à impliquer ses membres dans tous ses travaux et événements de campagne. (SPN) a été créé au printemps 2014. Le SPN prend position contre les guerres en tant qu'actes de terreur et se compose d'un certain nombre d'organisations pacifistes et d'individus. En savoir plus sur Andranik Mikaelyan et Andranik Sukiasyan : Andranik Sukiasyan  est né en 1997 et a vécu à Gyumri, la deuxième ville d'Arménie, située dans le nord-ouest du pays. Comme souvent dans la région, l'haltérophilie était l'une de ses passions. Après son service militaire obligatoire, il a étudié l'informatique tout en travaillant comme livreur pour payer ses études. Doté d'une personnalité équilibrée et calme, on dit de lui qu'il est amical et dévoué à sa famille. Andranik Mikaelyan  est né en 1998. Il a également grandi à Gyumri. Après son service militaire obligatoire, il a travaillé comme chef dans une cuisine. Comme l'autre Andranik, il a également été livreur pendant un certain temps. Il est fils unique. On dit de lui qu'il est amical, patient et prêt à aider ceux qui sont dans le besoin. Il aimait le football depuis son plus jeune âge et aurait certainement applaudi les récentes victoires de l'Arménie dans le tournoi de qualification pour l'Euro 2024 contre le Pays de Galles et la Lettonie. Rejoignez la campagne LIBERTAS, votre soutien peut les sauver, votre voix peut apporter de l'espoir à leurs familles.   Unissons nos voix pour garantir leur droit à la vie, à la liberté et à la sécurité !

  • "On dirait qu’il a soixante ans" (Libertas)

    dit le père de Hrayr Tadevosyan (27 ans) Hrayr Tadevosyan, 27 ans, a été fait prisonnier avec une soixantaine de soldats de son détachement, quelques jours après la signature de l’accord de cessez-le-feu du 9 novembre 2020. Il a été condamné en juillet 2022 à six ans de prison par la justice azerbaïdjanaise avec treize de ses camarades. Aujourd’hui, son père, Vardan Tadevosyan témoigne depuis leur village de Goghovit, dans la région de Chirak, dans l’espoir de revoir un jour son fils. Hrayr a étudié à la faculté militaire de l’université pédagogique de Gyumri. En mai 2021, il était censé passer ses examens pour devenir lieutenant. En parallèle, il travaillait dans la construction dans différents villages de la province du Chirak. En avril 2016, à la suite d’une attaque de l’Azerbaïdjan sur le territoire de l’Arménie, il a été mobilisé à la guerre dite des Quatre jours et il a été décoré pour son engagement. « Malgré les stéréotypes sur ceux qui s’orientent vers une carrière militaire, mon fils est quelqu’un de patient, calme et bienveillant. Il a un caractère très simple et tranquille. Il est, comme on dit, petit avec les petits, et grand avec les grands. Il s’entend bien avec tout le monde, il aime la camaraderie. Il parle toujours de manière à ne pas blesser les gens, » dit Vardan. Hrayr faisait partie de l’unité de la province du Chirak qui a été mobilisée en Artsakh, pour remplacer un autre groupe de soldats dans les positions sous contrôle arménien, le village de Khtsaberd. Ils sont partis le 27 novembre 2020. D’abord à Kadjaran, puis à Latchine, d’où ils sont allés à pied jusqu’à Khtsaberd, dans le sud-ouest de l’Artsakh. « Il n’y avait plus de combats dans cette zone, c’était déjà après le cessez-le-feu. Leur mission était simplement de garder les positions et de surveiller la plaine de Hadrout. Leur poste était sur un sommet, dans la brume, à plus de 20 km du premier village. On lui téléphonait tous les jours et il nous répondait simplement que tout allait bien. » « Le 12 décembre, ils ont reçu l’ordre de quitter la position pour qu’un autre groupe vienne les remplacer. Mais quand ils sont arrivés en bas, ce sont des soldats azerbaidjanais qui les attendaient. » explique le père de Hrayr. Selon les informations dont disposent les familles des prisonniers de guerre, en violation des articles de l’accord du 9 novembre 2020 l’armée azérie aurait encerclé la position arménienne, en emprisonnant 62 soldats arméniens, alors que le commandant du détachement, le vice-colonel A. Ghazarian, avec 38 autres soldats a pu se sauver. Plusieurs procès sont actuellement en cours au tribunal militaire arménien pour élucider ce cas. Hrayr Tadevosyan fait partie des 33 prisonniers de guerre dont la captivité est confirmée par l’Azerbaïdjan. Cela signifie que tous les quarante jours, la Croix-Rouge leur rend visite en prison, à Bakou. « Nous pouvons lui parler au téléphone. Sur place, ils enregistrent aussi une courte vidéo avec tous les prisonniers pour que nous puissions les voir. Et nous aussi, nous pouvons enregistrer une vidéo et la lui envoyer. Quand on compare leurs photos d’avant la guerre et celles qu’on a reçues récemment, on dirait a maintenant soixante ans. Ça fait de la peine à voir. Ils sont opprimés physiquement et mentalement. Ceux qui enregistrent les vidéos nous ont laissé entendre qu’ils subissent des tortures. » « Ceux qui sont revenus de la captivité ne disent pas grand-chose sur ce qui se passe là-bas, ils en parlent seulement dans les grandes lignes. Mais ils ne disent pas tout, car leurs camarades sont encore là-bas et ils ne veulent pas donner aux Azéris de nouveaux prétextes pour les maltraiter. » L’accusation que l’Azerbaïdjan porte contre Hrayr et ses autres camarades est d’être « illégalement entrés en territoire azerbaïdjanais ». « Mais quand mon fils et son détachement ont été déployés à Khtsaberd, ce territoire était sous contrôle arménien, et devait le rester selon les accords du 9 novembre. Après la signature du cessez-le-feu, ce sont les Russes qui étaient censés se déployer sur ce territoire, mais ils ont refusé de le faire. Ils ont donné ce territoire à l’Azerbaïdjan, et nos soldats avec ». Les familles des prisonniers de guerre cherchent désespérément les responsables de leur malheur, puisque personne n’en prend la responsabilité. Mais ils demeurent lucides. « Il n’y a pas une structure nationale ou internationale que nous n’ayons pas sollicitée. Nous avons collectivement rendu visite à toutes les ambassades possibles, au ministère des Affaires étrangères, de la Défense, au Service de sécurité nationale, et nous leur avons remis des requêtes écrites. Mais depuis deux ans, il n’y a aucune avancée. Je ne renie pas le travail qui a été fait et qui a permis de faire revenir un certain nombre de prisonniers, mais dans mon cas, ça ne fait aucune différence. Tant que mon fils n’est pas revenu, tout ce travail n’a pour moi aucune valeur. L’Azerbaïdjan les utilise comme monnaie d’échange. Nous pensions que l’Europe pourrait faire pression sur l’Azerbaïdjan, mais depuis qu’ils ont signé un accord pour le gaz, cela nous paraît naïf. » Selon Vardan Tadevosyan, si un traité de paix est signé entre l’Azerbaïdjan, l’Arménie et l’Artsakh, les prisonniers de guerre arméniens seront libérés : « l’Azerbaïdjan peut les juger ou faire ce qu’il veut, mais selon la convention de Genève ils ont le statut de prisonniers de guerre et si la paix est signée, ils devront être libérés. L’année dernière, l’Azerbaïdjan a déjà relâché une partie des prisonniers et les a amnistiés en signe de « bonne volonté ». « C’est l’espoir qui meurt en dernier. Nous espérons que Hrayr va revenir, que nous allons nous retrouver tous ensemble. C’est une torture de tous les jours. Parfois, nous sommes complètement désespérés, et d’autres fois nous arrivons à nous reprendre en nous disant que bientôt, il aura besoin de nous. C’est ça notre espoir : rester forts pour pouvoir l’aider quand il sera de retour. »

  • Libertas salue la libération de 32 prisonniers arméniens (Libertas)

    Paris, Lyon, Genève le 08 décembre 2023 Le collectif Libertas salue la libération de 32 prisonniers de guerre et civils arméniens, annoncée dans le cadre d’un accord entre les gouvernements arménien et azerbaïdjanais. Libertas rappelle qu’il avait pris fait et cause pour la libération de ces prisonniers en sollicitant des ONG internationales, et des collectivités territoriales françaises et européennes leur parrainage en vue de leur libération. Selon les premières informations à confirmer, les 32 prisonniers libérés comportent des civils capturés à Chouchi au lendemain du cessez-le-feu de 2020, 26 soldats arméniens capturés par l’armée azerbaïdjanaise les 13-14 décembre 2020 lors de l’occupation de Hadrout dans le sud de la République d’Artsakh, ainsi que des soldats et civils kidnappés d’abord en mai 2021, puis en août 2023 sur le point de contrôle illégal entre l’Artsakh et l’Arménie. L’Azerbaïdjan détient encore 23 autres Arméniens, civils, militaires et responsables politiques de la République d’Artsakh. Parmi eux, des soldats arméniens ayant combattu lors de la première guerre de l’Artsakh, coupable d’avoir pris part à l’autodéfense arménienne face au nettoyage ethnique déjà engagé par l’Azerbaïdjan. Ces personnes font actuellement l’objet de condamnations à des peines allant jusqu’à 20 ans de prison, pour des crimes inventés lors de parodies de procès dans un pays bien connu pour son bas niveau de démocratie. Hilda Tchoboian, du collectif Libertas, a déclaré à cette occasion : « Libertas se réjouit du retour dans les prochains jours de ces prisonniers dans leur famille, en espérant que leur libération mettra enfin un terme à leurs souffrances, ainsi qu’à celles de tous leurs proches traumatisés par la vision des scènes de maltraitance infligée aux Arméniens capturés ». Survenues avec 3 ans de retard pour certains prisonniers utilisés comme monnaie d’échange dans le cadre des négociations de paix entre l’Arménie et l’Azerbaidjan, ces libérations doivent être suivies de la relaxe de tous les autres prisonniers otages du régime d’Aliev. Libertas témoigne du fait que le CICR rend visite toutes les 5 semaines aux prisonniers de guerre et aux civils détenus. Cependant, il s’avère que les dirigeants politiques enlevés et détenus illégalement ne bénéficient pas de ces visites régulières. LIBERTAS craint pour leur santé, et en l’absence d’informations fiables de la part d’organisations internationales impartiales, met en garde l’Azerbaïdjan contre de possibles mauvais traitements à leur encontre. Libertas tient à remercier tous les parrains, villes, personnalités et ONG, qui se sont engagées pour la protection et la libération des prisonniers de guerre aujourd’hui libérés. Leur engagement est aujourd’hui récompensé. Comme le reste des prisonniers de guerre retenus à Bakou, les 8 dirigeants de la République d’Artsakh doivent être mis en liberté sans conditions. Le collectif LIBERTAS

  • Dis, quand reviendras-tu ? (Libertas)

    « Mon mari, c’est notre héros. Nous l’aimons, le respectons et l’admirons profondément. » Témoignage de Linda, l’épouse du prisonnier Vicken Euljeckjian. Vicken Euljeckjian fait partie des rares civils détenus illégalement en Azerbaïdjan à l’issue de la guerre des 44 jours en Artsakh. Ne à Beyrouth dans une famille de survivants du génocide des Arméniens, Vicken a quitté le Liban en raison de la situation économique instable pour s’installer en Arménie en 2017. Linda, son épouse et mère de ses deux enfants Serge (23 ans) et Christine (20 ans), témoigne depuis Beyrouth du calvaire que vit la famille depuis 2020. Que faisait votre mari avant la guerre de 2020 ? « Vicken tenait un café à Beyrouth les dernières années de sa présence au Liban », résume Linda. En 2015, Vicken a décidé de s’installer en Arménie. Deux ans plus tard, après plusieurs allers-retours entre l’Arménie et le Liban, il décide de s'établir en Arménie en famille. Leur fille devant terminer ses études en 2019, Linda reste cependant au Liban avec leurs enfants dans un premier temps. En Arménie, Vicken a commencé à travailler en tant que chauffeur de taxi, puis a décidé d'ouvrir un restaurant avec une collègue, Maral Najarian. A cause du Covid, ils ont dû fermer le restaurant et Vicken a repris son activité de chauffeur de taxi. « La situation devenait de plus en plus précaire. A l’époque, le gouvernement d’Artsakh proposait un programme d’aide au logement à tous ceux qui souhaitaient s’installer en Artsakh. Vicken a alors réussi à obtenir un logement à Chouchi, et Maral Najarian - à Stepanakert. Nous devions le rejoindre en septembre 2020, mais la guerre a éclaté et Vicken est parti à Erevan. Pendant les derniers jours de la guerre, Vicken et sa collègue sont allés en Artsakh pour récupérer leurs affaires. Ils se sont d’abord rendus à Stepanakert, là où Maral vivait, puis ils se sont dirigés vers Chouchi. Mais à peine arrivés à Chouchi, les militaires azerbaïdjanais les ont arrêtés. Et en fouillant le téléphone de mon mari, ils ont trouvé des photos de lui en tenue militaire, argument suffisant pour les capturer tous les deux », explique Linda. Comment avez-vous appris qu’il avait été fait prisonnier ? « Nous sommes restés sans nouvelles de lui pendant un mois. C’est à la télévision libanaise que j’ai appris que mon mari était vivant et en captivité dans la prison de Goboustan à Bakou. Après huit longs mois sans nouvelles, j’ai enfin reçu une lettre de Vicken par l’intermédiaire du Comité International de la Croix-Rouge (CICR). Sous la torture, Maral a été contrainte de coopérer avec les autorités azerbaïdjanaises qui lui ont dicté des aveux selon lesquels Vicken aurait reçu la somme de 2500 dollars pour louer ses services de “mercenaire” pendant la guerre ». Il convient de préciser que le mercenariat est un fait avéré concernant l’Azerbaïdjan : Bakou a en effet eu recours aux mercenaires pakistanais et syriens pendant la guerre en Artsakh en 2020. L’Arménie avait réussi à en capturer quelques-uns, qui ont été jugés par la suite pour « terrorisme ». Pour pouvoir se défendre, les Azerbaidjanais avaient donc besoin d’accuser Vicken d’être un mercenaire et la seule “preuve” qu’ils ont réussi à avoir, ce sont les “aveux” de Maral. Plus tard, dans un rapport de la CEDH, Maral a reconnu que ses aveux lui avaient été extorqués sous la torture et que rien n’était vrai. « Le cas de Vicken est donc très particulier parmi les cas des autres prisonniers de guerre arméniens, et plus complexe pour les avocats de la défense. Maral a pu être libérée grâce à l’intervention de l’état libanais, mais malheureusement, à cause de ses « aveux », Vicken a été condamné à 20 ans de prison » déplore son épouse. Avez-vous la possibilité de communiquer avec lui actuellement ? « Grâce à la Croix Rouge, tous les mois, je reçois une lettre et je peux lui parler une fois au téléphone. Lors des appels téléphoniques, Vicken tente de m’expliquer en arabe la vérité sur ses conditions de détention, mais ses surveillants l’en empêchent et lui imposent de parler en arménien pour des raisons de contrôle. Or, je ne parle pas l’arménien. Je sais qu’il est très affaibli, que les conditions de détention sont très dures. Le seul aliment qu’on lui sert est le riz ; il a perdu plus de 15 kilos et souffre de troubles de la mémoire. Je vois son état se dégrader progressivement à cause de la malnutrition et des traitements inhumains qu’il a subis. Tout soin lui est refusé. Je ne reconnais plus mon mari, tant son état physique et psychologique s’est détérioré ; je n’ai pas pu lui annoncer le récent décès de sa mère. Comment aurais-je pu le faire ? Il a déjà perdu son père et un de ses frères l’année dernière. Quant à moi, je souffre de nombreux problèmes de santé : dépression, douleurs chroniques, problèmes respiratoires, complications liées aux séquelles du COVID. Je n’ai pas les moyens de payer mes soins de santé et mon état ne me permet tout simplement pas de travailler. Ma mère, aveugle, est à ma charge, et nous vivons à trois avec ma fille dans un petit appartement. » Depuis que Linda essaie de soulever le cas de la détention de son mari Vicken Euljeckjian, elle est devenue la cible d’insultes, de moqueries, de spéculations en ligne. Une fois, un article affirmait par exemple que Vicken avait trouvé la mort en prison. Sur les réseaux sociaux les utilisateurs azéris n’arrêtent pas d'interpeller Linda, de se moquer d’elle, de lui adresser des obscénités, ou de mentir sur l’état de Vicken… Dans le cas de Vicken et de sa famille, la haine anti-arménienne s’exprime sans limite aucune. Comment vos enfants vivent-ils cette épreuve ? « Ma fille Christina a quitté l’université et travaille aujourd’hui pour subvenir aux besoins de la famille. Serge, lui, vit avec sa fiancée. Il travaille comme bijoutier dans une entreprise. Nos enfants vivent un malheur profond et sont traumatisés par les vidéos de tortures subies par leur père ; ma fille est suivie par un psychologue, mais mon fils refuse toute aide psychologique. Il veut se montrer fort et assurer le rôle de l’homme de la famille ; il refuse de se marier tant que son père croupira dans les geôles azerbaïdjanaises. Toute la famille a promis à Vicken de se battre jusqu’à son dernier souffle pour sa libération. Nous l’aimons, nous le respectons et nous l’admirons profondément. J’ai lancé des appels à l’aide plusieurs fois sur les réseaux sociaux ; ma fille a lancé une campagne de récolte de fonds pour nous permettre de payer des avocats, mais nous n’avons reçu aucune aide. Notre seul espoir repose sur les avocats arméniens qui font tout leur possible. Mon mari, c’est notre héros. Il manque énormément à ses enfants. Il me manque tous les jours. » Le collectif LIBERTAS

  • L’Azerbaïdjan a kidnappé deux soldats arméniens en territoire arménien (Libertas)

    Le collectif LIBERTAS appelle la France et l'Union européenne à exiger leur libération immédiate ainsi que celle de tous les détenus et prisonniers de guerre arméniens. Paris, Lyon, Genève, le 5 juin 2023 Le collectif LIBERTAS pour la libération des prisonniers de guerre arméniens informe que, le 26 mai 2023, deux nouveaux soldats arméniens, H. Hovakimyan et K. Ghazaryan, ont été enlevés par l’armée de l’Azerbaïdjan à la suite d’une incursion illégale dans le territoire souverain de l’Arménie. Alors qu’ils livraient de l’eau et des vivres aux unités de l'armée arménienne gardant la frontière dans la province du Syunik, H. Hovakimyan et K. Ghazaryan sont tombés dans une embuscade dans la réserve forestière de Shikahogh. La mère de H. Hovakimyan a expliqué à Ra dio Free Europe qu e son fils faisait régulièrement des allers-retours sur cette même route où il a été kidnappé avec son camarade. Elle a notamment déclaré : "Il conna ît très bien cette route et ne s’en serait pas écarté d'un pouce”. Le Ministère arménien des Affaires étrangères a rapporté que l’Azerbaïdjan a appliqué pas moins que 6 chefs d’inculpations à l’encontre des deux militaires enlevés, dont le “terrorisme”, l’“incitation à la haine entre les peuples” et le “transport illégal d’armements”, les accusant d’activités de sabotage accompagnées de “violation des frontières” entre les deux pays. Le gouvernement arménien a demandé à la Cour européenne des droits de l'homme d'ordonner aux autorités azerbaïdjanaises de fournir des informations urgentes sur l'état de santé et les conditions de détention des deux soldats. Le collectif LIBERTAS rappelle qu’outre ces deux soldats kidnappés, l’Azerbaïdjan détient encore 33 prisonniers de guerre arméniens reconnus par le CICR et que l’Azerbaïdjan a condamnés à des peines allant de 4 à 20 ans de prison pour “terrorisme”, en violation de la Convention de Genève III du 12 août 1949 relative au traitement des prisonniers de guerre. Ce chiffre ne couvre pas “les disparus de force”, personnes capturées par l’armée azerbaïdjanaise depuis la guerre de 2020, estimés à 100 - 200 civils et militaires dont Bakou nie l’existence en dépit de nombreux témoignages et de preuves irréfutables. Malgré l’application par la Cour européenne des droits de l’homme (CEDH) de l'article 39 des mesures provisoires concernant des Arméniens capturés par l'Azerbaïdjan (octobre 2020), Bakou ne coopère pas avec cette dernière. Le 20 mai 2021, le Parlement Européen a adopté une résolution qui demande la libération immédiate et inconditionnelle de tous les militaires et civils arméniens, capturés ou arrêtés pendant et après le conflit, et demande à l’Azerbaïdjan de s’abstenir à l’avenir de procéder à des détentions arbitraires. Plusieurs ONG (Human Rights Watch), institutions (Parlement européen, Conseil d’Europe) et juridictions européennes (CEDH) ont confirmé que l'Azerbaïdjan continue de torturer et de soumettre les prisonniers de guerre à des traitements inhumains et dégradants.Le collectif Libertas pour la libération des prisonniers de guerre arméniens appelle la France et l’Union européenne à exiger la lib ération immédiate de tous les détenus arméniens, conformément aux dispositions du droit international, et aux engagements mêmes de l’Azerbaïdjan dans l’accord tripartite du 9 novembre 2020.

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